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Kejimkujik, Nouvelle-Écosse

Kejimkujik

Kejimkujik est un parc national et un lieu historique national situé dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. On y retrouve plus de 500 pétroglyphes répartis sur quatre sites autour des lacs Kejimkujik et George. Ces images gravées sur l’ardoise documentent surtout la vie des Mi’gmaq entre les 17e et 19e siècles. Kejimkujik est localisé sur le territoire traditionnel de cette nation autochtone.

Environnement & histoire

La forêt qui donne tout

L’environnement de Kejimkujik est caractérisé par une multitude de lacs et de cours d’eau qui sillonnent des collines vallonnées couvertes par la forêt acadienne. Celle-ci est entrecoupée par des milieux humides : des tourbières et des plaines inondables. Cette forêt mixte luxuriante est composée de conifères dont la pruche du Canada, l’épinette rouge, le pin blanc ainsi que de feuillus comme l’érable rouge, l’érable à sucre, le hêtre et le bouleau jaune. La flore y est diversifiée et composée d’une grande variété de fougères comme l'osmonde cannelle, d'orchidées nommées sabots de la Vierge et de plantes aquatiques telle la nymphée odorante. Les représentants de la faune incluent le cerf de Virginie, le castor, le porc-épic, l’ours noir, le coyote et trois espèces de chauves-souris. Près de 200 espèces d’oiseaux ont été recensées dans le parc, dont le huard à collier, la chouette rayée, la paruline du Canada et le geai du Canada. On y retrouve également une grande variété d’amphibiens, de reptiles et de poissons. La biodiversité extrêmement riche du lieu et des régions avoisinantes inclut plusieurs espèces en péril comme l'hydrocotyle à ombelle, la tortue mouchetée ou le martinet ramoneur. La richesse du patrimoine naturel de cette partie de Nouvelle-Écosse lui a valu la désignation de Réserve de la biosphère de Southwest Nova par l’UNESCO, en 2001.

Le climat est continental bien que les écarts de température entre l’été et l’hiver y soient moins prononcés grâce à l'influence de l’océan Atlantique. En été, la température moyenne est de 18˚C tandis qu’en hiver, elle est de -5˚C. Les précipitations annuelles moyennes sont de 1 200 mm à 1 400 mm de pluie et de neige.

Carte de la Nouvelle-Écosse localisant le Parc et lieu historique national de Kejimkujik

Une dénomination incertaine

La signification exacte de ce toponyme d’origine mi’gmaq est incertaine. Le nom du lac Kejimkujik a été traduit par le révérend Silas Rand au 19e siècle comme « parties / endroits gonflés ». Thomas Raddall, auteur de romans historiques, a suggéré la traduction « le passage restreint » pour désigner la décharge du lac où les eaux se gonflent, en raison des barrages de pierre construits pour attraper des poissons.

Kejimkijuk
Selon certains Mi’gmaq dont l'homme médecine Jerry Lonecloud, le nom Kejimkujik fait référence aux testicules gercés et enflés qui résultent des efforts déployés pour pagayer sur cette grande étendue d'eau. Enfin, ce lac était déjà connu au 19e siècle sous le nom de Fairy Lake. Or, un des emplacements où se trouvent les pétroglyphes est situé dans la « baie des fées » ou Fairy Bay. Selon certaines histoires orales mi’gmaq, les fées sont des êtres de petite taille, dotés de forces surnaturelles et qui habitent dans les rochers près de l’eau. Elles seraient responsables de la création des images qui y sont gravées.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Œuvre représentant un homme mi'gmaq au 18e siècle. Le corps presque nu, il tient à la main droite une hache européenne et le fruit de sa chasse à la main gauche. Plusieurs motifs peints ou tatoués recouvrent les différentes parties de son corps : des serpents et principalement des croix.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Œuvre représentant une femme mi'gmaque au 18e siècle. Cette dernière fume la pipe à long tuyau. Elle porte des vêtements fabriqués de tissus européens.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Œuvre représentant un homme et une femme mi'gmaq à l'intérieur d'un wigwam.
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    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'une pipe mi'gmaque dont le tuyau est en bois et le fourneau en pierre sculptée et polie.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'un manteau d'apparat mi'gmaq qui est de couleurs variées et décoré en grande partie de motifs brodés et perlés à double courbe.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Aquarelle représentant un campement mi'gmaq et des activités coutumières.
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    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'un contenant d'écorce mi'gmaq étant décoré de motifs en dents de scie réalisés selon la technique du raclage de l'écorce.
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    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'un regroupement de six boites d'écorce mi'gmaques décorées de motifs en piquants de porc-épic.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

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    Photographie d'une femme et d'un jeune homme de la nation mi'gmaque.
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    Photographie d'une œuvre représentant Marie-Christiane Paul (Mali Kristia'n Po'l), une femme mi'gmaque.
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    Photographie d'un bonnet de femme mi'gmaque décoré de motifs perlés à double courbe.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'un homme et d'une femme mi'gmaq prenant la pose devant leur wigwam recouvert d'écorce.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'un cornet d'écorce pour la chasse à l'orignal recouvert de motifs décoratifs en piquants de porc-épic.
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    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Carte postale représentant des enfants mi'gmaqs vêtus de vêtements d'apparats traditionnels.
  • Kejimkujik, un lieu ancestral pour les Mi'gmaq

    Les sites rupestres de Kejimkujik sont associés aux Mi'gmaq, un peuple de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs de la famille linguistique algonquienne dont les territoires traditionnels incluent les provinces maritimes et la Gaspésie. Kejimkujik est un paysage culturel d’une grande importance pour les Mi'gmaq parce que leurs ancêtres y ont habité, chassé et pêché depuis des temps immémoriaux. La signification et l’utilisation de longue date par les Mi’gmaq sont documentées par la tradition orale et par la multitude de sites archéologiques : des lieux de campement, des barrages à poissons ou encore des sépultures y ont été découverts. Les territoires de chasse traditionnels et les voies de circulation ancestrales, terrestres et aquatiques ont permis de parcourir ces terres.

    Photographie d'un petit canoë d'écorce mi'gmaq décoré de motifs en piquants de porc-épic et destiné à la vente touristique.

Le rêve de la robe blanche et de l'ile flottante

[Ce récit de l’arrivée de l’homme blanc, révélé à une jeune femme dans un rêve, fut relaté à Silas Rand par le Mi'gmaq Josiah Jeremy, le 26 septembre 1869. Il est tiré de Silas Tertius Rand, Legends of the Micmacs, édité par Helen L. Webster, New York and London, 1893].

Lorsqu'il n’y avait dans le pays personne d’autre que des Indiens, et avant qu’aucun autre peuple ne soit connu, une jeune femme fit un rêve singulier. Elle rêva d’une petite ile, qui flottait en direction des terres, avec de grands arbres et des êtres vivants, parmi lesquels se trouvait un homme vêtu d’habits faits de peaux de lapin. Le jour suivant, elle raconta son rêve et chercha une interprétation. Il était de coutume, à cette époque, lorsqu’on faisait un rêve sortant de l’ordinaire, de consulter les hommes sages, plus particulièrement les magiciens et les devins. Ces derniers méditèrent sur le rêve de la fille, mais n'en retirèrent aucune interprétation.

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Rencontre des cultures autochtones et européennes

Les Mi'gmaq sont en contact avec les Européens – Portugais, Français puis Anglais – depuis le 16e siècle. Ces relations marquées par les échanges et le métissage culturel ont exposé les Autochtones aux nouvelles idées philosophiques et religieuses, aux nouvelles techniques et biens matériels, ainsi qu’à de nouvelles maladies. Les pétroglyphes de Kejimkujik sont des témoignages historiques de la rencontre entre les Mi'gmaq et les Européens comme ceux de Port-Royal (la capitale de l'Acadie au 17e siècle, maintenant connue sous le nom d’Annapolis Royal). Parmi les représentations de la vie traditionnelle des Mi'gmaq, nous retrouvons des animaux, des scènes de chasse et de pêche, des canoës, des vêtements, des motifs traditionnels et des personnages issus des histoires orales. Le site compte également de nombreuses représentations de navires européens ainsi que des images d’Européens et de leurs armes. Ces gravures peuvent être datées des 18e et 19e siècles. Certaines images ont pu être gravées par des Européens qui, depuis le 17e siècle, venaient chasser, pêcher et couper du bois dans cette région.

Apparition par magie

Les pétroglyphes de Kejimkujik, gravés en lignes fines sur l’ardoise, ont tendance à s’effacer avec le temps. Ils sont très difficiles à voir à l’œil nu. Les guides du parc les font ressortir, comme par magie, en les arrosant.

Apparition par magie
Gravure représentant deux personnages en canot. Photographie d'une gravure représentant deux personnages en canot. Photos : Akufen. ©Musée de la civilisation
Gravure représentant deux personnages en canot. Photographie d'une gravure représentant deux personnages en canot. Photos : Akufen. ©Musée de la civilisation
Gravure représentant un poisson. Photographie d'une gravure représentant un poisson. Photos : Akufen. ©Musée de la civilisation Gravure représentant un poisson. Photographie d'une gravure représentant un poisson. Photos : Akufen. ©Musée de la civilisation
Gravure représentant un serpent. Photographie d'une gravure représentant un serpent. Photos : Akufen. ©Musée de la civilisation Gravure représentant un serpent. Photographie d'une gravure représentant un serpent. Photos : Akufen. ©Musée de la civilisation
Pétroglyphe représentant un pied. Image d’un pétroglyphe représentant un pied. Photo : Akufen. ©Musée de la civilisation Pétroglyphe représentant un pied. Image d’un pétroglyphe représentant un pied. Photo : Akufen. ©Musée de la civilisation

Un lieu et sa panoplie d'histoires

Brian Molyneaux et l'art rupestre de Kejimkujik

Brian Molyneaux est archéologue (anthropologue) à l'Université du Dakota du Sud, États-Unis. Il est spécialiste de l'art et de la société préhistoriques et de l'utilisation humaine du paysage. Dans son propos, il nous enseigne que plusieurs images de Kejimkujik datent de la période post-contact et témoignent de la rencontre des cultures autochtones et européennes.

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Brian Molyneaux est archéologue (anthropologue) à l'Université du Dakota du Sud, États-Unis. Il est spécialiste de l'art et de la société préhistoriques et de l'utilisation humaine du paysage. Dans son propos, il nous enseigne que plusieurs images de Kejimkujik datent de la période post-contact et témoignent de la rencontre des cultures autochtones et européennes; de nombreuses représentations l’illustrent clairement : navires européens, armes à feu, tenues vestimentaires de femmes et d’hommes mi’gmaqs, fabriquées de tissus européens, et témoignages visuels de l’adhésion au christianisme.

Mowiomi

Cette image de motifs complexes curvilinéaires à Fairy Bay, en bordure du lac Kejimkujik, serait associée à un « Mowiomi » ou rassemblement traditionnel d’été. Ces cinq gravures pourraient représenter les membres de la Confédération wabanaki. Celle-ci regroupait les Mi'gmaq, les Wolastoqiyik (Malécites), les Peskotomuhkati (Passamaquoddys), les Waban-Aki (Abénaquis) et les Penawapskewi (Pentagouets). Sa création remonte au 17e siècle. Ses membres étaient impliqués dans les guerres contre les Haudenosaunee (Iroquois) puis lors de la Révolution américaine au 18e siècle. Ici, la photographie présente quelques motifs à double courbe. Deux chapeaux pointus de femme ont aussi été également gravés dans le côté supérieur droit.

Serpents et navires

Les images d’embarcations abondent à Kejimkujik, qu’il s’agisse de canoës traditionnels en écorce ou de navires européens. Le nombre de voiliers témoigne de l’importance de ces vaisseaux pour les Mi'gmaq et pour les nouveaux arrivants. Leurs représentations sont d’ailleurs plus nombreuses que celles de canoës. Les Mi'gmaq, des marins très habiles, pouvaient manœuvrer aisément ces navires aux 17e et 18e siècles.

Ici, au lac George, une goélette a été gravée dans la pierre avec un serpent, tous deux dans un style similaire de hachures croisées, suggérant un même auteur. Il existe plusieurs autres images à Kejimkujik qui reprennent ces thématiques du serpent et du bateau. Quant aux serpents, ils pouvaient être associés au monde subaquatique.

Voilier et hommes en habits militaires

Ces représentations qui se trouvent sur le site de Peter Point au lac Kejimkujik semblent dater du régime colonial anglais (fin 18e et début 19e siècles). On y voit un navire à voiles et deux hommes Mi'gmaq coiffés de tricornes, chapeaux triangulaires avec des bords repliés, décorés avec des plumes. L’un d’entre eux porte un uniforme à queue et un coutelas, un type de sabre populaire auprès des marins.

Bonnet pointu de femme

Ce dessin d'une coiffe pointue de femme, situé à Fairy Bay, fait partie d’une soixantaine de représentations similaires gravées sur les bords du lac Kejimkujik. La dimension de ces représentations varie généralement de deux centimètres à près d’un demi-mètre. Celle-ci est la plus grande que l’on retrouve dans le parc. On y observe le motif à double courbe. On remarque aussi la multitude de lignes qui forment la plume ou la brindille d’un conifère qui décore la partie centrale. Portés aux 18e et 19e siècles, ces bonnets indiquaient le statut social d’un individu. Les nouveaux matériaux introduits après le contact ont permis de façonner ces bonnets avec de la laine et du coton et d’appliquer des décorations de perles de verre et de rubans de soie qui reproduisaient les motifs géométriques traditionnels.

Figure humaine

Cette figure humaine gravée sur les rochers de Fairy Bay présente une apparence quelque peu mystérieuse. Ce personnage a déjà été décrit comme un homme médecine bien qu’il puisse aussi s’agir d’une femme portant une robe traditionnelle et un chapeau haute-forme décoré de motifs et de plumes.

Date, écriture et individu fumant la pipe

Parmi les dates les plus anciennes gravées au lac Kejimkujik, l’année 1877 semble être d’une importance particulière. Cette date est reproduite seize fois à Fairy Bay et elle est accompagnée de scènes de chasse, de navires, de noms ou d’empreintes de pieds. À Kejimkujik, les inscriptions en langue mi'gmaque côtoient celles en anglais. L’écriture mi'gmaque a été développée à partir des caractères mnémoniques et des pictogrammes anciens. Elle est connue sous le nom de komkwejwika'sikl, ou « l'écriture d'esturgeon », car les caractères ressemblent aux traces que les esturgeons laissent dans la boue. Le nom « Jim » revient à quelques reprises à Fairy Bay. Il est fort probable que « Jim » soit l’individu qui fume avec une pipe de plâtre, dont l’usage se répand après le contact avec les Européens.

Les croix

L’adoption de la nouvelle foi catholique par les Mi’gmaq est également représentée sur les rochers de Fairy Bay. On y retrouve des croix, des autels et des églises. La croix a une signification plus profonde pour les Mi'gmaq et son utilisation symbolique daterait d’avant l’arrivée des Européens. Au 17e siècle, le missionnaire français LeClercq relate que la croix était utilisée comme emblème par les Mi'gmaq de Miramichi (Nouveau-Brunswick). Sa représentation se retrouvait sur des vêtements, des wigwams et des raquettes à neige. On l’érigeait lors des conseils ou on la plaçait dans les canoës lors de voyages. La croix était aussi utilisée pour indiquer des endroits propices à la chasse et à la pêche.

Technique et conservation

Propos sur la conservation à Kejimkujik

Enregistrer et archiver un patrimoine fragile.

Brian Molyneaux nous parle de la recherche qu'il a menée à Kejimkujik. Il décrit également les techniques qu'il a employées pour enregistrer un patrimoine fragile.

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Dans cet enregistrement, Brian Molyneaux nous parle de la recherche qu'il a menée à Kejimkujik. Il décrit également les techniques qu'il a employées pour enregistrer un patrimoine fragile.

Instruments de conservation de Colleen Day

Tracé sur film de Mylar d'un prétroglyphe de Kejimkujik

En 1988 et 1989, les pétroglyphes ont été tracés directement sur des feuilles transparentes en plastique durable communément appelées « film de Mylar ».

Moules en silicone

Il faut parfois prendre des décisions délicates en traçant des pétroglyphes. Par exemple, cette ligne fait-elle partie de l’image ou est-elle un contour naturel de la roche ? Pour reproduire les gravures avec exactitude, des moules en silicone blanc ont été créés en 1992 et en 1993, qui constituent une copie directe de la surface de la roche. Ce moule en silicone et son modèle peint correspondant préservent ainsi l’image d’une chasse au marsouin.

Moulages en silicone

Les moules sont utilisés pour créer des reproductions en silicone, qui sont ensuite peints pour imiter la surface de la roche afin de faire ressortir les lignes effacées. Les guides au parc de Kejimkujik utilisent ces plaques pour présenter les pétroglyphes estompés aux visiteurs. Ce moulage peint représentant deux canoës correspond à ceux tracés sur film de Mylar.

Plaque de cuivre d'un pétroglyphe

Les moules en silicone sont les images négatives (inversées) des pétroglyphes et ils rétrécissent au fil du temps. Afin d’obtenir des reproductions permanentes ainsi que des images positives des pétroglyphes (celles-là mêmes qui ornent la surface de la roche), des plaques de cuivre ont été créées à partir des moules. Ces plaques sont conservées dans les archives. Voici une plaque de cuivre représentant l’image estompée des deux canoës.

L'œuvre mémorielle de George Creed

Quelques images gravées sur les rives du lac Kejimkujik ont été identifiées en 1873 par Joseph More et mentionnées dans son ouvrage History of Queens County. La lecture de cette brève description et de son intérêt pour la culture mi'gmaq ont inspiré George Creed (1829-1899), un maitre de poste vivant à South Rawdon. Creed a décidé de se rendre sur les lieux pour y faire les premiers relevés détaillés des gravures se trouvant sur les bords des lacs Kejimkujik et McGowan (un lac à l’est du parc national). Il a réalisé ce travail en 1887-1888.

La méthode de travail de Creed consistait à tracer les contours des images avec un crayon à l'aniline pour ensuite presser un papier humide dessus. L’humidité avait pour effet de transférer l’encre du crayon sur le papier. Cette technique créait une image miroir, donc inversée, de la gravure. Creed fut le premier à documenter l’art rupestre en Nouvelle-Écosse. Motivé par le désir de préserver ces images fragiles, des intempéries et du vandalisme, Creed a ainsi réalisé une œuvre mémorielle. De nos jours, les gravures du lac McGowan se trouvent sous l’eau en raison de la construction d’un barrage hydroélectrique dans les années 1940. Les précieux tracés de Creed sont maintenant conservés au Nova Scotia Museum.

George Creed, 1888.

Archives de la Nouvelle-Écosse MG 15 Vol.(12 E40, 12 D13, 12 C26, 13-II F11)

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Le rêve de la robe blanche et de l'ile flottante

[Ce récit de l’arrivée de l’homme blanc, révélé à une jeune femme dans un rêve, fut relaté à Silas Rand par le Mi'gmaq Josiah Jeremy, le 26 septembre 1869. Il est tiré de Silas Tertius Rand, Legends of the Micmacs, édité par Helen L. Webster, New York and London, 1893].

Lorsqu'il n’y avait dans le pays personne d’autre que des Indiens, et avant qu’aucun autre peuple ne soit connu, une jeune femme fit un rêve singulier. Elle rêva d’une petite ile, qui flottait en direction des terres, avec de grands arbres et des êtres vivants, parmi lesquels se trouvait un homme vêtu d’habits faits de peaux de lapin. Le jour suivant, elle raconta son rêve et chercha une interprétation. Il était de coutume, à cette époque, lorsqu’on faisait un rêve sortant de l’ordinaire, de consulter les hommes sages, plus particulièrement les magiciens et les devins. Ces derniers méditèrent sur le rêve de la fille, mais n'en retirèrent aucune interprétation.

Le lendemain, un événement survint et expliqua tout. En se levant le matin, que ne virent-ils pas, une ile étrange, du moins, le supposaient-ils, qui avait dérivé près des terres pour s’y arrêter ! Dessus se trouvaient des arbres, munis de branches, sur lesquelles, le supposaient-ils, plusieurs ours y rampaient. Ils saisirent tous leurs arcs, leurs flèches, leurs lances et coururent en direction de la rive, avec l’intention de tirer les ours; quelle ne fut pas leur surprise de découvrir que ces supposés ours étaient en réalité des hommes, et que certains d’entre eux s’affairaient à mettre à l’eau un étrange canoë, dans lequel plusieurs prirent place pour ramer vers la rive. Parmi eux se trouvait un homme vêtu de blanc, un prêtre avec son étole blanche, qui se dirigea vers les Indiens en faisant de grands signes d’amitiés, levant sa main vers le ciel et s’adressant à eux de manière sincère, mais dans un langage qu’ils ne pouvaient comprendre.

Les hommes sages questionnèrent alors la jeune femme à propos de son rêve. Était-ce une telle ile qu’elle avait vue ? Était-ce cet homme ? Elle affirma qu’ils étaient effectivement les mêmes. Certains des Indiens, en particulier les nécromanciens, s’en trouvèrent contrariés; ils n’aimaient pas que l’arrivée de ces étrangers ait été intimée à cette jeune fille, et non à eux. Habituellement, ils auraient pu prévoir et prédire, par la force de leur magie, une attaque possible de tribus indiennes avec lesquels ils étaient en guerre, mais l'arrivée de cet enseignant, d'une nouvelle religion, les dépassa, étant imprévisible pour eux.

Cependant, le nouvel enseignant fut graduellement reçu dans les faveurs des Indiens malgré l’opposition des magiciens. Le peuple put ainsi recevoir son instruction et se soumit aux rites du baptême; le prêtre apprit la langue locale et leur donna le livre de prières, écrit dans ce qu’ils appellent abootûlooeëgâsîk’ (écriture des signes ornementaux); un signe correspondant à un mot si compliqué à apprendre et même parfois impossible à comprendre.

Je m’appelle Brian Molyneaux. Je suis archéologue. En ce qui concerne ce que l’on doit faire de toutes ces images, de ces centaines d’images, vous savez, que nous présentons aux gens, je crois qu’il importe de se rappeler que le territoire de Kejimkujik a d’abord été occupé par les Premières Nations avant les différents explorateurs et colons qui s’y sont rendus. Par la suite, des vagues d’arrivants se sont succédé sur ces terres, soit pour s’y installer, soit pour y chasser ou y pêcher. Ainsi, les pierres témoignent d’un nombre impressionnant d’utilisations culturelles au fil du temps, et je crois qu’il est pratiquement impossible, vous savez, d’affirmer que les pétroglyphes de Kejimkujik datent d’une période précise dans le temps. J’en déduis tout de même que nous pouvons estimer que des pétroglyphes ont été gravés au 19e siècle et que d’autres l’ont été au 20e siècle. Dans quelques articles que j’ai publiés, j’ai avancé l’hypothèse que des pétroglyphes ont pu être gravés également au 18e siècle. Cependant, je crois qu’il est impossible d’en être certain, et c’est l’un des aspects qui demeureront toujours mystérieux. Si on trouve un orignal gravé dans la pierre, cet orignal, vous savez, peut être la représentation d’un témoin visuel ou le fruit de sa mémoire. Il n’y a en fait aucun moyen de le savoir, et c’est justement ce qui fait partie de […], du caractère spécial et mystérieux de cet art rupestre qui persistera toujours, pendant longtemps.

Les pétroglyphes de Kejimkujik captent l’essence d’une période couvrant au moins une centaine d’années de l’ensemble de la culture de cette région. On aurait tort de percevoir Kejimkujik uniquement selon la présence du peuple mi'gmaq, qui constitue, bien entendu, les habitants d’origine et qui continue aujourd’hui à […] percevoir ces alentours comme faisant partie intégrante de leurs terres natales. Mais ce territoire fait aussi partie de l’expérience de vie de tous ces gens qui sont venus ici par la suite. Ainsi, l’art rupestre de Kejimkujik comprend de magnifiques bateaux à voiles. Des navires du 19e siècle y sont représentés avec beaucoup de détails. Et je suis convaincu […], vous savez, que certains d’entre eux ont été gravés par des Européens ou des gens qui connaissent bien la navigation à voile. Rien ne permet de croire que d’autres personnes n’ont pas été tout aussi fascinées par ces pierres, comme on peut le soupçonner par le nombre de graffitis qui s’y retrouvent. Ainsi, je pense qu’en ce sens, ce site d’art rupestre est tout à fait unique parce qu’il […], et aussi parce qu’il perpétue le langage dans la pierre. En fait, des inscriptions mi'gmaques ont été gravées dans les pierres. Par conséquent, l’art est davantage intégré à l’histoire de la région; par exemple, les peintures sur pierre trouvées partout dans le Bouclier canadien sont à caractère très personnel et étroitement liées à la spiritualité et au mode de vie anishinabe […]. À plusieurs égards, les gravures de Kejimkujik sont des images. Celles que j’ai observées sont des représentations extraordinaires de campements de tentes et d’établissements, d’habitations et de rangées d’habitations piquetées dans les pierres au lac McGowan.

Il est extraordinaire de constater l’importance de ce que, au cours de la période du 19e siècle […], les gens qui se rendaient dans la région ont imaginé et transféré sur ces pierres, et c’est ce qui rend ces dernières vraiment uniques. J’aimerais également souligner une autre chose à propos de Kejimkujik : ce que nous pouvons observer de nos jours est uniquement ce qui a survécu à l’épreuve du temps. Ces pierres sont exposées là depuis des milliers d’années, et nous savons que l’érosion, en fait, efface complètement l’ardoise, au cours des décennies. Ainsi, il est intéressant de songer à ce qui aurait pu se trouver sur ces pierres auparavant. Nous savons qu’à d’autres endroits, l’art rupestre date de milliers d’années. Pourquoi pas aussi à Kejimkujik? Pourquoi des gravures ne reposeraient-elles pas, dissimulées sous des parties du littoral, là où les rochers se prolongent sous les eaux? Qui sait ce qui peut exister, protégé pendant des siècles dans le sol, ou qui sait ce qui a pu être gravé sur ces rochers, dorénavant disparu? En ce sens, un mystère entourera toujours ces lieux, et il restera toujours des choses à découvrir.

L’un des aspects fascinants de Kejimkujik, c’est le fait qu’on ne voit pas les pétroglyphes ou, à tout le moins, qu’on ne voit pas les pétroglyphes qui suscitent l’intérêt ou captent l’attention. On voit des graffitis tracés sur les rochers et tout ce qui a été réalisé récemment, parce que l’ardoise est si uniforme et lisse que n’importe qui peut graver n’importe quoi dans la pierre pour produire une image. Pour trouver les anciennes images réellement singulières […] et mystérieuses, on doit les chercher ou pratiquement les recréer soi-même […]. Les images ne sont pas […], vous savez, elles ne sont pas évidentes à l’œil nu. Il faut les chercher. Il s’agit d’une véritable quête pour trouver les pétroglyphes. En fait, j’ai trouvé mes premières images à la noirceur, parce qu’en tant qu’archéologue, j’étais très déterminé à anticiper ou à interpréter le moins possible ce que j’observais selon mon expérience personnelle, par exemple, selon mes connaissances de l’art rupestre ou de l’art rupestre préhistorique. De cette façon, je voulais m’assurer de percevoir directement les images. Et la manière de le faire, c’est la nuit, à la lueur d’une torche électrique tenue à un angle. Et voilà que ce qui semble une pierre uniforme prend soudainement vie. Et les images se révèlent à vous, parce qu’elles sont définies par les ombres, des ombres minuscules sur la pierre lisse. C’est ainsi que j’ai découvert les pétroglyphes de Kejimkujik pour la première fois. C’était une expérience profondément émouvante que je n’oublierai jamais.

Maintenant, concernant ma recherche, mon objectif – et c’est ce que Parcs Canada m’a demandé de faire – est de consigner, aussi soigneusement que possible, les représentations des images. J’ai réalisé cette tâche en élaborant une technique inspirée des gens qui ont travaillé auparavant sur les lieux. Ils ont procédé en traçant les lignes des images à l’aide d’une peinture soluble à l’eau et d’un pinceau aux poils très fins. Mais je préfère travailler la nuit, dans la pénombre. De cette façon, on évite d’interpréter les images indûment, car n’importe quelle ligne se révèle en peinturant l’image, et c’est seulement à ce moment-là, quand on finit de peinturer, qu’on aperçoit vraiment l’image. On n’examine pas un pétroglyphe pour dire « Oh, voici un canot, je crois que je vais tracer ce canot. » On doit examiner de très, très près et observer à l’aide […] d’une loupe la nuit, afin de tracer méticuleusement des lignes minuscules. Ensuite, lorsqu’on a terminé, on recule et on illumine la surface pour observer ce qui se révèle. C’est une méthode […] de découverte, qui s’apparente à celle de l’excavation archéologique, de l’excavation conventionnelle, où les choses émergent du sol, en fait, de la pierre. La reproduction des images, surtout de la manière qu’on l’a faite […], je crois, s’est avérée très efficace et elle a nous a fourni une compréhension approfondie de ce qui se trouvait réellement sur les lieux.

Vidéo : Akufen. ©Musée de la civilisation

[Plan fixe sur Donna Morris. Elle est debout sur la rive d'une étendue d'eau entourée de forêt] Je m’appelle Donna Morris. Je suis membre de la Première Nation Shubenacadie. Le paysage culturel ici au parc national et lieu historique Kejimkujik est d’une grande importance pour le peuple mi'gmaq de la région, parce qu’au début des années 1800, et bien auparavant, il y a environ 5 000 ans, des Mi'gmaq y vivaient. Depuis que Parcs Canada a aménagé cette région afin de protéger la majeure partie du territoire, de nombreux membres des Premières Nations viennent visiter le lieu où leurs ancêtres ou leur famille immédiate ont vécu auparavant, un lieu auquel ils ont libre accès. Les pétroglyphes évoquent ces peuples qui ont vécu ici, à une certaine époque, il y a très longtemps. D’ailleurs, les sites archéologiques au parc national et lieu historique Kejimkujik font partie du paysage patrimonial du peuple mi'gmaq. Des outils de pêche, des sites de pêche, des sites de chasse, des campements et des habitations étaient dispersés dans cette région précise. [Donna accompagne son propos par la gestuelle de ses bras et mains] Donc, ces sites sont très significatifs, très importants pour les Mi'gmaq.

Les gens qui vivaient ici il y a environ 5 000 ans, 2 000 ans, 1 500 ans subsistaient grâce à l’eau, mais ils subsistaient aussi grâce à la terre. Ici, au sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, où le parc national et lieu historique Kejimkujik se situe, on retrouve différents réseaux de rivières qui traversent et entourent Kejimkujik. Ces réseaux de rivières servaient auparavant de voies de transport pour les Premiers Peuples. Ainsi, on pouvait atteindre la baie de Fundy en voyageant vers le nord du territoire et, si on se déplaçait vers l’autre côté des terres, on pouvait se rendre jusqu’à l’océan Atlantique. Et puis, bien entendu, il y avait la parenté, les connaissances et la famille qui vivaient sur les rivages. Ainsi, on descendait les rivières pour aller pêcher le poulamon, pour aller chasser la baleine, le marsouin et le phoque et pour aller voir des connaissances et des gens qui vivaient là-bas, sur la côte, aux abords de l’eau, vous savez. Ces gens de la côte s’offraient pour donner un coup de main avec ce que vous aviez pêché, pour vous aider à ramener les prises à l’intérieur des terres, comme ici à « Keji ». Beaucoup de gens disent que les Premiers Peuples allaient vivre sur les rivages l’été et à l’intérieur des terres l’hiver. Mais, ceux qui vivaient ici dans la région, il y a 5 000 ans, n’éprouvaient pas le besoin d’aller à l’intérieur des terres, très, très loin dans les terres intérieures. Ils n’avaient pas besoin de s’éloigner beaucoup des rivages. Ils avaient tout ce dont ils avaient besoin ici : les lacs, les réseaux des rivières, le poisson, tout ce dont ils pouvaient avoir besoin. Tout près à l’intérieur des terres, il y avait le caribou, l’orignal et tout ce dont ils avaient besoin. Alors, bien entendu, il était logique qu’ils veuillent rester vivre ici, sans compter que l’endroit était loin des mouches, des moustiques. Et durant les hivers, ils n’avaient qu’à se déplacer de quelque vingt mètres à l’intérieur des terres, du littoral, n’est-ce pas ? Ils étaient ainsi protégés du froid, des eaux.

Vidéo : Akufen. ©Musée de la civilisation

[La guide Donna Morris marche sur les rochers en direction d'une première gravure] Voici un petit personnage masculin. [Donna se penche et recouvre la figure d'eau avec sa main. Elle pointe du doigt le motif] Ce petit homme, on pense que c’est un militaire du 17e siècle. [Plan rapproché sur le pétroglyphe] Et si on l’observe bien, on remarque un petit couvre-chef français, [Donna touche du doigt les contours de la gravure] du genre de ceux qu’ils portaient à cette époque. Il tient un bouclier arborant un cœur et une petite croix, ici. [Donna poursuit ses explications en regardant la caméra] Les Français qui se trouvaient dans les environs étaient catholiques et ils étaient en très bons termes avec les Premiers Peuples de la région. Et plus loin ici, à côté de ce petit homme, ce que l’on voit, [La guide se relève un peu pour se déplacer légèrement du côté droit] quand on asperge un peu d’eau dessus, c’est un navire. [Donna recouvre le motif d'eau avec sa main, puis elle en trace le contour avec son doigt] Alors, prenons un peu d’eau pour faire ressortir la gravure, [Plan rapproché sur le pétroglyphe] ainsi, et voici le navire. On voit les contours du navire ici, d’autres de ses contours-là. Et voici la coque. [Donna Morris se relève et pointe de la main un autre secteur vers la gauche] Et puis au bout de ce rocher, [La guide se déplace sur les rochers] si vous me suivez ici, je vous montre un caribou. [La guide se penche pour rendre visible le motif en le recouvrant d'eau avec sa main] Voici notre caribou ici, et si on l’asperge avec un peu d’eau, l’image se révèle très, très clairement. [Plan fixe sur Donna Morris qui s'adresse à la caméra. En en arrière-scène, une vaste étendue d'eau] Il s’agit d’un caribou, que l’on chassait dans les environs il y a très, très longtemps, au cours des 16e, 17e et 18e siècles. Le dernier caribou a été capturé en Nouvelle-Écosse en 1909, [Plan rapproché sur le pétroglyphe caribou] sur l’île du Cap-Breton. Il n’y a plus aucun caribou ici maintenant. Seul le cerf de Virginie y vit dorénavant.

Vidéo : Akufen. ©Musée de la civilisation

[Plan fixe sur Colleen Day. Derrière, une rivière bordée par une forêt dense] Je m’appelle Colleen Day et je suis conservatrice. Je travaille pour Parcs Canada dans la région Atlantique. Quand on évalue les risques encourus par les pétroglyphes, deux facteurs de détérioration ressortent. Le premier facteur, ce sont les gens, parce que les images dans la pierre sont très, très subtiles, il est facile de les effriter en les frôlant avec un canot. De plus, les visiteurs peuvent décider de graver leurs propres initiales dans les images ou de faire un frottis de celles qu’ils voient, sans se rendre compte qu’ils les endommagent. Alors, nous nous efforçons de les protéger en gardant les gens à distance, à moins qu’ils ne soient accompagnés d’un guide, et en déployant des efforts pour les sensibiliser à la présence des pétroglyphes et à leur importance. Le second facteur de détérioration des pétroglyphes est l’environnement, et il est plus difficile de les protéger sans les déplacer des lieux où ils sont. Alors, voici ce que nous avons fait : nous avons prélevé des empreintes des images très minutieusement, et nous avons traité ces empreintes comme si elles étaient des artéfacts originaux. Ainsi, nous avons dorénavant des documents d’archives reproduisant les pétroglyphes, [Plan en mouvement se rapprochant de la copie d'une gravure représentant deux personnages en canot] dans l’état où les empreintes ont été réalisées. La plupart des empreintes ont été réalisées dans les années 1980, et nous en conservons des copies d’archives sous forme de plaques de cuivre.

[Plan fixe sur Colleen Day] Depuis des années, les gens me demandent à quelle vitesse les pétroglyphes s’effacent, et il y a de cela un an et demi, j’ai finalement découvert une manière qui pourrait servir à déterminer cette vitesse. Durant leur présentation, les guides touristiques révèlent aux visiteurs la raison pour laquelle il leur est interdit de faire des frottis. À la suite d’une visite, une personne nous a apporté des empreintes qu’elle avait réalisées dans son enfance. Sur la note qui les accompagnait, [Colleen Day présente les calques de gravures réalisés sur papier Mylar] on lisait que ces frottis avaient été réalisés dans les années 1960. Mais, on avait eu la brillante idée de frotter un sou noir durant le processus de frottis. Ainsi, je peux déterminer, selon le frottis de ce sou noir, que les empreintes ont en fait été réalisées en 1973. Et, on peut voir la fameuse image du caribou sur la pièce de monnaie. Voici cette empreinte qui a été réalisée en 1973, mais voici également le tracé sur Mylar de cette image, réalisé en 1983. [Plan fixe sur Colleen Day] Maintenant, si j’aligne parfaitement ces deux images et que je les compare, je constate qu’une ligne de plus apparaît sur l’image du caribou de 1973, [Plan fixe sur la diapositive d'une image d'un caribou] comparativement à celle du caribou de 1983. [Plan fixe sur Colleen Day] Cette comparaison démontre l’ampleur de l’effacement au cours de ces dix années. Et, si nous avions plus d’empreintes, je crois que nous pourrions préciser davantage l’effacement. Il s’agit d’une autre conséquence. J’ai pu constater que les tracés sur Mylar ne documentent pas uniquement l’image, mais ils en révèlent également la date. Alors, cette empreinte représente exactement l’état de l’image en 1983. Cela signifie que nous devrions aussi conserver ces tracés dans les archives, parce qu’ils fournissent de l’information qu’on ne peut pas obtenir de la pierre de nos jours.